08 avril 2008

Cette obscure clarté... Voyage en oxymore - Exposition de Dominique Penloup du 15 mars au 29 juin 2008 au Musée départemental Pierre Corneille Petit-Couronne

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  De l'oxymore 

 

    Etude critique de Jean-Michel Maulpoix

 

La poésie prospère dans nos contradictions. Elle nous connaît mal ajointés et approximatifs. Elle nous sait divisés et souvent douloureux, perdus parmi les antagonismes, et désireux de réparer avec des mots le tissu troué de cette vie.

Si la poésie parle volontiers par comparaisons et par images, c’est que pour définir elle apparie, pour identifier elle rapproche. Comment dire autrement que par des alliances de mots inédites ce qui n’est d’aucun dictionnaire ? La prison heureuse de l’amour, ou la clarté sans lumière qui tombe des étoiles ? On le sait, le sens n’est pas donné préalablement au poème : l’expérience singulière qu’il en fait est sa raison d’être, son aventure chaque fois nouvelle. En sa direction, il se hasarde, osant des couplages, des alliages, et risquant des propositions… Leur degré d’étrangeté et d’incongruité varie selon les âges de notre culture et selon la dureté des oppositions que la langue même doit prendre en compte.

 

Ainsi existe-t-il au moins deux sortes d’oxymores, à la pointe plus ou moins acérée. L’une est ancienne, l’autre moderne.

Aux temps que l’on dit « classiques », dans une société polie et volontiers précieuse, la première espèce apparie des termes contrastés en visant avant tout la nuance : « doux-amer », « aigre-doux », « clair obscur », c’est un amalgame singulier de qualités qui est recherché, une forme de délicatesse dans la désignation, une manière d’accommoder les contraires et de raffiner aussi bien la perception que son expression.

Il en va autrement aux temps modernes, quand le commerce entre les êtres et le discours des humains sur le monde ne sont plus policés et réglés par la vieille rhétorique, mais font se heurter les désirs aux aspérités du réel et aux turbulences de l’histoire. C’est alors que l’oxymore se fait plus violemment poétique : il en arrive à produire la métaphore d’objets nouveaux par fusion des contraires. C’est ainsi qu’à « l’obscure clarté » qui tombait des étoiles sur la scène du Cid de Corneille succèdent le « soleil noir » de la mélancolie que porte le luth constellé de Gérard de Nerval, ou les « azurs verts » parmi lesquels va se noyer « le Bateau ivre » d’Arthur Rimbaud…

Il ne s’agit plus alors de nuancer subtilement des qualités, mais d’imposer violemment une espèce de nouveau tiers, un enfant chimérique et quelque peu monstrueux, né des noces de l’angoisse et de l’imagination. Le noir soleil nervalien en qui toute clarté vient mourir est d’une ténèbre plus épaisse que toute obscurité réelle. L’antilogie absurde n’est pas loin quand sous la plume d’Arthur Rimbaud se multiplient les « fanfares atroces » et les « beautés hideuses », tel des ulcères affreux suintant sur le corps de la langue…

 

Imagine-t-on un poète qui ne s’exprimerait plus que par alliances de mots ? « Je ne sais plus parler », confessait l’ardennais, peu avant de se taire… Une absurde folie, tel serait le comble de la logique oxymorique, et peut-être de la poésie portée à son paroxysme de délire et de fureur…

Mais là n’est pas son horizon, puisqu’au « soleil noir » de Nerval et aux « azurs verts » de Rimbaud succède le « soleil de nuit » de Prévert, cueilli à même le quotidien prosaïque : le merveilleux périodiquement menacé d’aphasie ne cesse en vérité de se perpétuer d’âge en âge. Comme la poésie même dont il figure en définitive la capacité à produire de nouvelles entités, par entrelacement, hybridation, combinaison, fusion ou addition, l’oxymore n’est réductible ni au « dérèglement de tous les sens » ni à de sages fleurs de rhétorique. Il manifeste plutôt combien la poésie, et avec elle l’art même, refuse de se cantonner à ce qui est déjà connu, répertorié et raisonnablement balisé, pour s’aventurer toujours plus avant dans un monde plus ouvert et riche de subtilités ou de surprises.

Ainsi existe-t-il de « belles inhumaines » et de « funestes bonheurs », de « noirs succès » et « d’adorables prisons », des « paysans de Paris » et des « putains respectueuses », des « bêtes humaines » et de « bons petits diables »… Ce ne sont pas là des chimères ni des inventions absurdes, mais plutôt des vérités cachées, des savoirs pris à contrepied. Le poème retourne les apparences afin d’en montrer la doublure, quand il ne les détruit pas pour les réinventer afin de nous les offrir, autrement sensibles et neuves. Il regarde plus loin que les antagonismes et les incompatibles, du côté des plis, des bosses et des liens. Tantôt il chante, tantôt il claudique, tantôt il résout les conflits et tantôt il les exaspère, car sa parole est active, pressée et désireuse. Elle cherche le monde et s’inquiète : il lui faut dire ce qui échappe, tenter de prêter forme à l’informe. Un oxymore est un éclat de langue, d’une encre plus épaisse et noire : dans l’inconnu, il fait mine d’ouvrir une issue. Mais s’il entre quelque part, c’est en traversant comme une ombre l’épaisseur d’une porte close.

 

                                                    Jean-Michel Maulpoix

 

 

 

 

 

 

14 décembre 2007

Des oxymores dans le titre de livres

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En préparant mon exposition Voyage en oxymores, pour le Musée Pierre Corneille, de mars 2008 à juin 2008, je me suis aperçu qu'un certain nombre de titres de livres étaient des oxymores. Heureux de cette trouvaille, il me restait à réflèchir à la manière de travailler cet emploi de l'oxymore pour l'intégrer à mon exposition.
L'idée de réaliser, une sorte de salon de lecture au jardin , sous forme d'une installation à l'extérieur du Musée, s'est très vite imposée. J'ai retenu douze titres que j'ai gravés sur des "livres" en bois. Il s'agit plus exactement d'évocations de livres, d'idées de livres de 35 cm x 24 cm qui prendront place à l'extérieur, sur des chaises de jardin. Cette sorte de salon de lecture fantôme, espère apparaître comme une invitation  à la lecture, à la manière de ce jeu qui consiste à laisser sur un banc ou une chaise, à l'intention d'un éventuel lecteur inconnu, un livre qu'on a particulièrement aimé.

Téléchargement salon_de_lecture_au_jardin.doc

07 novembre 2007

Portraits de Baptiste-Marrey

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Dimensions de chacun des dessins: 50x65cm

Depuis plusieurs mois, je travaille un ensemble de portraits d'écrivains-poétes, où vient se mêler aux traits de l'écrivain la graphie de celui-ci, dans un jeu d'esquisses et de superpositions.
Ce travail fera l'objet d'une exposition -mai/septembre 2008- au musée de Sens. On y retrouvera les portraits de Pierre Autin-Grenier, Baptiste-Marrey, Henri Droguet, Reiner Kunze, Jean-Michel Maulpoix...

                  Pour en savoir plus sur Baptiste-Marrey
http://www.letempsquilfait.com/Pages/Auteurs/Baptiste-Marrey/marrey.html

http://www.ramifications.be/Livres/baptiste_marrey.htm

18 octobre 2007

Carnet d'Estrie...

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Si l'on s'en tient à la couverture, à première vue, cela ressemble à un carnet de voyage. En effet sur celle-ci on peut lire: Carnet d'Estrie - octobre 2007 - Estampages - King Ouest / Sherbrooke - Canada.
A l'intérieur de ce carnet, une même forme, estampée sur une vingtaine de feuillets, présente çà et là de légères variations. Outre l'étonnement légitime que l'on pourrait avoir en ouvrant le carnet, on pourrait également s'interroger sur le lien entre ce travail et l'intitulé de la couverture.
J'avais, pour ce séjour au Canada, décidé de ne pas tenir un carnet de voyage de manière traditionelle, mais de détourner celui-ci de sa fonction originelle qui est  de relater, représenter et illustrer les divers temps forts d'un voyage.
Mon carnet allait devenir un terrain d' expérience. Il s'agissait pour moi de trouver et d'interroger une forme,qui devait être facile à manipuler et à reproduire sans avoir à passer par le biais du dessin.
J'avais, pour ce faire, dans mon sac, un carnet de 14 x 21 cm, un flacon d'encre de chine, quelques brosses ainsi qu'un brunissoir.
C'est  l'angle d'une ancienne petite plaque servant à la numérotation des habitations et en piteux état, trouvée à même le sol, entre le boulevard King Ouest et la rue Dufferin à Sherbrooke,qui allait retenir mon attention et me servir de matériau pour produire la série qui constitue ce carnet de voyage d'un genre particulier: King Ouest / Sherbrooke. L'aventure maintenant va se prolonger dans le  confort de l'atelier et, j'espère donner lieu à une série intéressante...

30 septembre 2007

Déambulatoire poétique pour quatorze poètes

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Déambulatoire poétique pour quatorze poètes

Pierre Autin-Grenier, Andrée Chedid, Bernadette Engel-Roux, Jacques Lacarrière, Jean-Hugues Malineau, Baptiste-Marrey, Jean-Michel Maulpoix, Bernard Noël, Dominique Preschez, Philippe Priol, Jean-Claude Renard, Claude Roy, Dominique Sampiero, André Velter.

                             Exposition

                       Dominique Penloup

               du 3 octobre au 26 octobre 2007

                 Médiathèque André Malraux

                 17-19, rue Jacques Coeur

                  91600 Savigny sur Orge

Quatorze stèles pour quatorze écrivains contemporains qui mettent en scène un texte calligraphié par leur auteur où le signe et le mot se mêlent, jouant sur des "riens" : le grain, la griffure, le relief blanc de l'écriture, émergence d'une vie en filigrane, trace à demi-effacée dans laquelle la poésie se donne à voir.

Quatorze "Contre-Tombeaux", comme autant d'hymnes à la vie.

                            Des stèles...

                 Comme des mains levées

                  Comme des bras ouverts


                           Des stèles...

              Striées, griffées, crayonnées

                          De poèmes

               Avec quelques joyeux fards

                  De peinture fraîche


                        Des stèles...

               Aux quatre coins de la ville

                   Joyeuses, colorées


                   Et voilà la poésie

                       Qui s'offre

               Aux regards des passants

            Qui l'avaient perdue de vue

            Depuis qu'ils la croyaient être

               Seulement récitation.

16 septembre 2007

recette simple pour faire un envoi postal / mail art

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Il suffit d'un timbre, parfois d'une enveloppe et d'un peu de fantaisie... Ensuite,  c'est comme lancer une bouteille à la mer au royaume des boîtes aux lettres.
L'art postal, sorte de courant d'art posté par des courants d'air, aux critères esthètiques variés.

20 août 2007

Trois tondos pour deux oxymores de René Char

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Tu es lampe, tu es nuit [...]
Ô détenue, ô Mariée !

" La vérité vous rendra lilbres", Les Matinaux 1947-1949


    En  disparaissant,  nous  retrouvons  ce qui  était  avant
que la terre et les astres ne fussent constitués, c'est à dire
l'espace.  Nous sommes cet espace dans toute sa  dépense.
Nous  retournons au jour aérien  et à son allégresse  noire.

              "LOMBES", Aromates Chasseurs 1972-1975

27 juillet 2007

CETTE OBSCURE CLARTE... Voyage en Oxymore

Cette_obscur_clart Oxymore, en grec, signifie à la fois "fin" (oxus) et "fou" (moros).
L'oxymore est l'alliance de deux mots de sens contradictoire. Cette rencontre antinomique crée un effet de surprise. L'oxymore de référence, le plus souvent cité, est ce vers de Corneille dans le Cid :
"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles".

L'oxymore est une figure qui ouvre une logique où les contraires cessent d'être perçus contradictoirement, il est du côté d'une pensée "ouverte" qui accueille pleinement l'ambivalence. Parfois du côté de la pensée ("regret souriant"), l'oxymore est souvent l'expression d'une perception visuelle et l'obscure clarté de Corneille évoque, évidemment, le clair-obscur en peinture. C'est donc une figure de style éminemment stimulante pour un peintre.
A partir de menus détritus collectés au hasard de promenades en bord de Seine, que j'assemble, rehausse d'or ou de couleurs, je confectionne d'improbables objets, pauvres et précieux en même temps. J'ai choisi de faire surgir l'alliance antithétique du brut, de l'informe, du délaissé avec le sophistiqué, le ciselé.
Sans venir les illustrer, ces objets poétiques viennent en contrepoint d'oxymores prélevés dans l'oeuvre de différents écrivains, de Pierre Corneille à Marguerite Duras.
C'est donc entre littérature et peinture que se déroule ce voyage en oxymore, cette "fine folie" à laquelle je vous invite à participer. N'hésitez pas à m'envoyer vos oxymores notés au fil de vos lectures.      Offert il y a peu et trouvé dans les délibérations  de l'assemblée nationale , par une personne attentive, ce bel oxymore: T V A sociale.
L'ensemble de ce travail fera l'objet d'une exposition , au Musée Pierre Corneille, de mars à juin 2008.

23 juin 2007

L'ANGE AU GILET ROUGE de Pierre Autin-Grenier

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L'ANGE AU GILET ROUGE
Huit nouvelles de Pierre Autin-Grenier aux éditions Gallimard/ l'arpenteur 2007

Décapant, corrosif, délicatement troussé, c'est beau et  c'est à déguster lentement, histoire de savourer chacune des chutes de ces huit nouvelles -toutes superbes- qui composent ce recueil.
Il faut reconnaître que l'auteur nous avait prévenu, en épigraphe à son livre on trouve cette citation de Samuel Beckett: "C'est le commencement qui est le pire, puis le milieu, puis la fin. A la fin, c'est la fin qui est le pire."
Dans ce recueil,  à l'inspiration fantastique, la peinture est là en filigrane, en forme de clins d'oeil, le garçon c'est fait ange, mais il y a toujours le gilet rouge  de Cézanne. Autre petit clin d'oeil que je ne résiste pas  à  pointer - tant il pourrait passer inaperçu-: "une chambre de bonne sous les combles d'un de ces immeubles cossus de l'avenue Ronan-Barrot...". Il en va différemment du portrait aux dimensions extravagantes de la baraque bleue sur la colline: " Pêchant au vif, du modèle l'artiste avait saisi l'essentiel, sous le masque ferré le réel. Bien vite débarassé des apparences, directement il était allé fouiller au ventre, là où se loge l'âme. De la belle robe de pou-de soie bleue et ses fragiles dentelles ne restait qu'un fond déchirant d'où tentait désespérément de s'échapper une tête tragique; visage à la fois pitoyable et pathétique, émergeant brutalement de la toile comme pour en sortir et sur lequel d'étrangefaçon luttaient terreur et cruauté."  Et pour finir cette autre petite merveille, glanée celle ci dans La valise:"Il questionna d'un oeil d'amant chagrin, elle répondit par un sourire de Joconde équivoque".

21 mai 2007

Trois des septs portraits d'Henri Droguet

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Henri Droguet est né à Cherbourg en 1944 - çà c'est pour le situer dans le temps, tout comme il situe chacun de ses poèmes en les datant -. Géographiquement (il faut bien être quelque part) vous le trouverez: 48° 39' N - 2° 01' W c'est à dire à Saint-Malo, où il tutoie à la fois l'océan et la poésie. Cette derniere est publiée pour l'essentiel aux Editions Gallimard.
Henri Droguet fait partie de ces rares écrivains qui appartiennent à la race des poétes - on a bien assez de nos dix doigts pour les compter - Dans la poésie de Droguet ce que j'aime, c'est la liberté de ton, de langage, rien n'est convenu chez lui, pas de grandes envolées, la poésie est là, au quotidien, dans le télescopage des mots, des images, dans cette façon qu'il a de couper court au bavardage. Nulle complaisance, juste l'exigence que chaque mot soit à sa place. Henri Droguet est un styliste qui cogne le langage et porte des upercuts à vous en couper le souffle.

Henri Droguet est notamment l'auteur aux Editions Gallimard de:
Chant rapace in cahier de poésie 3, Le contre-dit, Le passé décomposé, Noir sur blanc, La main au feu,
48° 39' N - 2° 01' W (et autres  lieux), Avis de passage.
Chez d'autres Editeurs

Ventôses, Champ Vallon, Champ du signe, gravures de Thierry Le Saëc, Editions de la Canopée, Pluies,Vents, Bord Perdus,  lithographies d'Eric Brault, Ombre et Lumière, Avis de passage, gravures de Dominique Penloup, Le galet bleu, Albert & Cie, Histoire, Apogée.