12 juin 2009

Hubert Lucot - Parler à l'univers -

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J'ai, en 2008, créé et inauguré avec Huis-clos la collection Mes bouquins refermés, pour le Livre pauvre qu'anime l'infatigable Daniel Leuwers. J'ai depuis fait équipage, pour cette collection, avec Henri Droguet: Autodafé - 2009, Jeanpyer Poëls: Âtre - 2009. Aujourd'hui c'est en compagnie d'Hubert Lucot que nous avons tiré un bord, faisant ainsi équipage pour son Parler à l'univers.
Hubert Lucot est né en 1935, il est l'auteur d'un des plus étonnant OVNI de la littérature, Le grand graphe, livre d'une seule page de 12 m2 , aux phrases entrecroisées, d'une liberté et d'une audace inouïe.
Le grand graphe a fait l'objet d'une publication en 1990 aux éditions Tristram. Composé de huit feuilles imprimées en sérigraphie, ce panoramique de 12 m2 est accompagné d'un livre, le graphe par lui-même, version linéaire du Grand graphe, que complètent des textes explicatifs.
Hubert Lucot est l'auteur d'une œuvre importante, celle ci est publiée pour l'essentiel chez P.O.L.



10 mai 2009

Miroir obscur d'Henri Droguet

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Dans ce recueil -Miroir obscur- comme dans les autres ouvrages de Droguet, le langage est cabossé, férocement, délicieusement, jamais de façon gratuite, mais toujours avec gourmandise.
On y retrouve le plaisir, le besoin de Droguet de jouer avec la langue, l'écriture est pour lui un matériau sonore qui impulse son rythme au poème.

               M i r o  i r   o b s c u r

                       De Henri Droguet

Accompagné de trois gravures

de Dominique Penloup

Le galet bleu

 Ouvrage tiré à cinquante exemplaires

sur Velata Avorio 140g

 quarante exemplaires numérotés de 1 à 40

 10 exemplaires hors commerce

26 pages, 15,7cm x 13 cm

3 gravures

  Né à Cherbourg un 29 octobre 1944, Henri Droguet vit à Saint Malo. Il a publié, entre autres, en une vingtaine d’années, Le contre-dit 1982, Le passé décomposé 1994, Noir sur blanc 1998, La main au feu 2001, 48°39’N-2°01’W (et autres lieux) 2003, Avis de passage 2005, Off 2007 aux Éditions Gallimard, Ventôses 1990 aux Editions Champ Vallon et Albert & Cie 2005, aux Editions Apogée.

Champ du signe, avec des gravures de Thierry Le Saëc, éditions de La Canopée, 2003

Pluies, vents, bord perdus, avec des lithographies d’Eric Brault, galerie ombre et lumière. 2003

Avis de passage, avec trois gravures de Dominique Penloup, Le galet bleu 2004

A participé à une bonne ½ douzaine de Livres pauvres pour la collection destinée au Prieuré de Saint- Cosme,  demeure de Ronsard, animée par Daniel  Leuwers.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Miroir obscur

Mère veux-tu?
Oui oui

oui et c'est un songe enivrant dépotoir
c'est le rire empoignant  l'émoi
l'émoi l'émoi du démuni
le petit fabuleux mercier des paroles vaines
et des traîtres mots
                          c'est
pas de géant   pas de souris
la fanfare effarante
l'ombre désordonnée
le grand tumulte nuagier
estompe et détrempe
l'ocreux fouillis feuillu
fauve et rouge
des merisiers des érables   et la souche
hirsute et fourchue du hêtre pourpre
et mort

les grinches luisent piochent
craillent aux gueux
            à la goule étrange aux loups
            faméliques et fourbus

                               

3 novembre 2007

01 avril 2009

Pastiches et mélanges à partir de Pierre Alechinsky - Portraits affranchis - du 4 au 29 mai 2009 à "La Passerelle" IUFM de Haute-Normandie

 3-Dominique Penloup - portrait affranchi de Pierre Alechinsky -Tasse témoin- technique mixte sur papier 77x52cm   1-Dominique Penloup -Portraits affranchis de Pierre Alechinsky -Technique mixte sur papier- 77x52cm chaque   5-Dominique Penloup- portrait affranchi de Pierre Alechinsky -Ensortilèges- Technique mixte sur papier 77x52cm


Les portraits affranchis ont été réalisés d'avril à septembre 2004. L'ensemble fait suite à la rencontre avec Alechinsky, dans son atelier, fin octobre 2003. Il s'agissait alors de faire le tri dans les envois postaux expédiés à celui-ci depuis octobre 1997, et d'en préparer une sélection pour une exposition au Musée de la poste, à Paris, en mai 2005. Ce projet chronophage pour l'invitant n'a pas été réalisé.

                                              L'EPISTOLIER
                                              sonne tjrs 2x
Pierre Alechinsky et ses invités Michel Butor, Dominique Penloup, Jacques Réda, Wallasse Ting, Christian Dotremont (1922-1979), Joyce Mansour (1928-1986).

A revoir ce jour-là, mes envois timbrés, je prenais conscience qu'au-delà du simple "exercice d'admiration" (Cioran), j'avais tendu un miroir qui tentait, dans une sorte de jeu d'adresse, de fixer dans le même espace l'œuvre et le portrait physique d'Alechinsky. Joyeux méli-mélo-mél art, où je braconnais de plis en replis sur les terres de mon destinataire. Certains de ces envois  touchaient les limites propres à cet exercice et demandaient à être précisés, développés. Il me fallait affirmer le propos critique, reprendre le trait... J'allais dans une série de portraits tenter de dégager les éléments propres à l'œuvre d'Alechinsky. A défaut d'autoportrait -le terme n'apparait guère de façon explicite si l'on excepte "Autoportrait sans trait" de 1965-, des photos du peintre allaient me servir de points d'appui. Elles seraient traitées avec une forme de neutralité, loin de cette "dextérité du gaucher" dont parle Alechinsky.

Très vite je m'aperçus de la difficulté de l'entreprise et de ses nombreux écueils: plagiat, parodie, pastiche, me tendaient leurs pièges. Ce n'est pas en allant regarder du côté de Picasso qui s'amusa, entre autres, à revisiter le déjeuner sur l'herbe dans une série de 27 peintures, que j'allais trouver du réconfort, à en juger par ce qu'il avait écrit avant de s'y mettre:"Quand je vois le déjeuner sur l'herbe de Manet, je me dis: des douleurs pour plus tard."

J'ai éprouvé, bien sûr, les douleurs, mais je retiendrai avant tout le bonheur des improvisations et variations propres aux musiciens de jazz quand ils s'emparent d'un thème. Improvisations et variations sur Central Park, ou James Ensor; jeu sur les lunettes (symbole du Cobra, qui traversent l'œuvre); sur les projections d'encre (Pollock n'est jamais bien loin), sur les titres...

Mais je laisse à chacun le soin de découvrir ou d'ignorer les clins d'œil qui émaillent ce travail, qui se veut avant tout un hommage critique. Laquelle s'exerce habituellement par le biais d'articles ou d'études savantes. Dans cette approche et au travers de ces portraits et de leurs études, il est juste proposé de partager l'intérêt porté à une œuvre, tout en donnant l'envie de la découvrir ou de la redécouvrir.


14 mars 2009

Chemin de croix de Dominique Penloup à la cathédrale Notre Dame d'Evreux

IMAGE

Véronique station VI du chemin de croix - Estampe digitale sur vélin 35cm x 32cm -Tirage limité à 80 exemplaires numérotés et signés - Prix de souscription: 150€

Chemin de Croix

de Dominique Penloup

-Paroisse Notre Dame – Saint Taurin d’Évreux-

On peut actuellement découvrir dans une des chapelles latérales, côté nord, de la cathédrale Notre Dame d’Évreux le Chemin de Croix  réalisé par le peintre Dominique Penloup.

Le carré, motif central, crée une unité et une simplification de forme dans lequel s’inscrivent les textes cités en références. Ces derniers, destinés à suggérer plus qu’à nommer, sont rendus illisibles à dessein. Il ne s’agit pas d’illustrer mais d’exprimer le drame qui se joue, dans un parti pris non figuratif où écriture, formes et couleurs se répartissent les rôles. En ajoutant une quinzième station, Dominique Penloup a préféré ne pas clore la passion du Christ sur le tombeau vide et a choisi de mettre en lumière, par la résurrection, les quatorze stations qui précèdent.

C’est dans un souci de donner une place à un art sacré contemporain qui renouvelle le regard sur le Chemin de Croix que nous avons souhaité la présence de celui de D Penloup dans notre cathédrale.

Pour nous aider dans notre démarche, nous vous proposons d’acquérir au prix de souscription de 150€ l’estampe réalisée à partir de la station VI –Véronique.


Pour commander l'estampe Véronique station VI envoyer votre souscription à :
Père Pascal Le Roux curé de la paroisse Notre Dame - Saint Taurin 19, rue Charles Corbeau 27000 Evreux


26 février 2009

Trois portraits d'Atiq RAHIMI prix Goncourt 2008

Atiq Rahimi 001 Atiq Rahimi 002 Atiq Rahimi 003 

3 de 5 portraits d'Atiq Rahimi enluminés de sa signature
D. Penloup, technique mixte sur papier, 65x50 cm chaque

Les Talents d'Atiq Rahimi sont multiples:cinéaste, photographe, écrivain...Atiq Rahimi fait partie de ces écrivains venus d'ailleurs qui  peuplent la littérature française contemporaine dont ils sont de très précieux alliés:Tzara ou Ionesco, Beckett, Sarraute ou encore Makine, Bianciotti, François Cheng, Kundera etc.

Atiq Rahimi a fait une entrée remarquée en littérature avec son premier livre "Terre et cendres" écrit en Persan et édité en 2000 par les Éditions P.O.L. Il en  réalisa lui même le film qui reçu le prix "Un certain regard" à Cannes en 2004.

Après trois livres traduits du Persan, c'est avec Syngué sabour -Pierre de patience- qu'il signe son premier livre écrit dans sa langue d'adoption, le français, pour lequel il a remporté le prix Goncourt 2008.

Ce livre est un hui clos où il est question de l'islam et de l'oppression des femmes. Ce très beau roman d'une grande économie de moyens, est, comme l'a souligné Ursula Lesiak,monteuse de Kieslowski (La double vie de Véronique"), de Lars von Trier et également de Terre et cendres, écrit par scènes et par plans.
D'une écriture poétique, ciselée, Syngué sabour est à la fois: monologue, chant, incantation à la liberté qui dépasse largement le cadre de l'Afghanistan.

En toile de fond et en filigrane  à l'écriture de ce livre, un lieder de Schubert:"J'ai écrit Syngué sabour en écoutant tous les jours, avant d'attaquer sur l'ordi. "Le chant du cygne", ce lieder de Schubert. Plus tard, j'ai découvert le poème qui a inspiré Schubert. On y lit:"Voilà un homme avec les yeux ouverts et cloués au plafond".

21 janvier 2009

Au jeu des citations, Mac Orlan, Joë Bousquet, Dotremont & Jorn, s'invitent chez Williams Shakespeare...

Jeudescitations


1949 : le poète Christian Dotremont signe, avec le peintre Asger Jorn, l'une des toiles phares du mouvement CoBrA (acronyme de Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) qui se distingue par son caractère international. Le format de la toile est de 100x129,5cm. Elle  a la particularité de nous donner à voir le titre du tableau où sont mélangés mots et couleurs, en soulignant par là même qu'écrire c'est dessiner.
En voici le titre:
-Il y a plus de choses dans la terre d'un tableau que dans le ciel de la thèorie esthétique.

C'est dans L'ancre de miséricorde -édition Emile-Paul fréres- 1941 que Mac Orlan fait dire à son personnage, Jérôme Bruns, jouant aux échecs avec le père du narrateur:
-Vois tu, il y a plus d'aventures dans une partie d'échecs que sur toutes les mers du monde.

J'ai trouvé dans la correspondance de Joë Bousquet, publiée récemment, Lettres à une jeune fille, Grasset 2008, dans l'envoi du vendredi 21 juin 1946, page 54, cette petite merveille:
-Il y a plus de vérité dans la couleur bleue d'une robe, si elle a gardé une place dans l'imagination, que dans les systèmes philosophiques les plus savants...

Nous avons d'un coté:Mac Orlan -1941

                                                1946 pour Joë Bousquet

A l'autre bout Dotremont & Jorn-1949

A première vue c'est plié en faveur de Mac Orlan. Mais à seconde vue, rien n'est moins sûr. Allons voir chez Williams Shakespeare, Hamlet, acte I, scène V. Hamlet s'adresse à Horatio:-"There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy". Ce qui donne :

-"Il y a plus de choses dans le ciel et la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie".

30 décembre 2008

Trois portraits de Richard Rognet

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Portraits de Richard Rognet accompagnés de trois poèmes inédits
65 x 50 cm chaque - technique mixte sur papier.

La poésie de Richard Rognet est d'une savante simplicité, elle dit la fragilité de l'existence, sa quête de l'indicible en proie à l'inquiétude et au doute.
L'écriture, lyrique, d'une douloureuse lucidité , chante de façon bouleversante la nature. Un poète rare. A lire sans plus attendre.

Quelques ouvrages:

  • Le promeneur et ses ombres, Gallimard 2007
  • Le transi et je suis cet homme, Éditions Aspect 2005
  • Le visiteur délivré, Gallimard 2005
  • Dérive du voyageur, Gallimard 2003
  • Juste le temps de s'effacer suivi de ni toi ni personne, Le cherche midi 2002   
  • Belles,en moi, belle, La Différence 2002
  • Seigneur vocabulaire, La Différence 1998
  • L'ouvreuse du Parnasse,Le Cherche midi 1998
  • Lutteur sans triomphe, L'Estocade 1996
  • Chemin Bernard, Le verbe et l'empreinte 1995
  • Recours à l'abandon, Gallimard 1992

27 novembre 2008

Livre pauvre


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Le principe du  livre pauvre est simple, un même texte (avec d'éventuelles variantes) dont  tous les exemplaires sont hors commerce. C'est le résultat d'une collaboration entre un écrivain et un peintre, dialogue qui tient sur les dix doigts des deux mains.

L'instigateur de ces jeux est Daniel Leuwers, merveilleux sorcier, à l'égal de PAB (Pierre André Benoit) capable de s'écarter du circuit par trop luxueux des "Belles" éditions et qui contribue à ce que des livres autrement faits, aux formats discrets, existent avec juste le souci que textes et peintures y soient l'essentiel.

Cette démarche, comme le souligne l'ami Henri Droguet dans son texte qui accompagne l'édition de Richesses du livre pauvre, de Daniel Leuwers, publié aux éditions Gallimard, "permet d'accomplir et d'approfondir par des voies nouvelles des amitiés ou des rencontres et donne tout bonnement du bonheur qu'elle se propose de faire partager".
  

13 novembre 2008

Stolpersteine ou trébuche-mémoire

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Je reviens d’un court séjour à Berlin. Mes pas ont buté sur les stolpersteine de l’artiste Günther Demnig. Ces stolpersteine, sorte de mémorial contre l’oubli de 10cmx10cm sont érigés modestement, encastrés à même le trottoir, face au dernier domicile connu des victimes de la déportation : juifs, tsiganes, homosexuels, opposants politiques et religieux, handicapés… Ces pierres sont recouvertes d’une plaque de laiton comportant le nom, l’année de naissance et une indication sur le lieu de la disparition des victimes. Ces trébuche-mémoire, mieux que toute cérémonie commémorative, donnent par leur présence la dimension de l’atrocité de ces crimes.

Il me fallait agir, transcrire au plus vite cette émotion (j’étais là pour 48h), lui donner corps ; je devais toute affaire cessante en rendre compte,  matérialiser ces trébuche-mémoire, instantanés d’émotion. Je voulais pouvoir, à mon retour en France, autrement que par le biais de la photo -trop froid- partager l’indicible  de ces  petits pavés de laiton, de 10 par 10, plantés çà et là au milieu des pavés de Berlin. Je me suis alors procuré papier pour gravure, mine de graphite et un peu de couleur (bronze) et ai réalisé, à même le sol, à traits rapides, vingt deux estampages.

A mon retour, dans le silence de l’atelier, j’ai repris une à une mes vingt deux planches, intervenant à la marge des carrés estampés sur les trottoir de Berlin.

J’aimerais que ces estampages –échos du travail de mémoire de Günther Demnig-, arrivés par ricochets à la surface de ma feuille, ricochent à nouveau, dans une sorte de mise en abyme, et s’inscrivent dans un livre album qui permettrait au lecteur qui n’aura pas forcément l’occasion de se rendre à Berlin d’être à son tour interpellé.

22 juin 2008

Dominique Penloup "Pastiches et mélanges à partir de Pierre Alechinsky" 15 juin au 28 septembre 2008 Orangerie des Musées de Sens

Livre_002 " dessiner sur une enveloppe ou la transformer, quitte à la rendre méconnaissable, jouer avec la disposition des timbres ou en ajouter de son cru, interpeller le facteur, lui demander entre les lignes de se dépêcher, ces jeux-là sont aussi anciens que le courrier même".
Les Musées de Sens présentent à l'Orangerie une exposition d'Art postal du plasticien Dominique Penloup, une centaine d'envois hors norme expédiés entre 1997 et 2005 au peintre et graveur Pierre Alechinsky.
Dominique Penloup a connu dès les années 1975 le travail de Pierre Alechinsky, mais c'est dans les années 1990 qu'il redécouvre avec bonheur l'expression graphique de l'artiste. Il va chercher à nouer le dialogue à travers une correspondance: "Faisant fi des augures qui ont claironné ou claironnent encore la mort de la peinture, Alechinsky traverse avec sérénité la scène artistique un bol d'encre de chine à la main -souvenir d'un conseil du peintre Walasse Ting- et, quoi qu'il arrive, se penche -souvenir d'un voyage au Japon- sur un papier posé à même le sol. C'est avec la même fougue qu'il travaille la gravure, multiplie les expériences, interroge les supports, fait preuve d'une inlassable curiosité et trouve le temps d'écrire. Difficile de ne pas être fasciné par une telle vitalité, pour moi qui suis peintre".

Dominique Penloup élabore une correspondance originale: des plis d'art postal à partir de collages et de montages d'œuvres de Pierre Alechinsky reproduites dans des catalogues, revues, journaux ou sur des affiches. Mais l'envoi peut être aussi un objet: flotteur peint, branchage, vieux papiers, cadran émaillé d'horloge...Laissant s'exprimer son imaginaire, il évoque l'univers fabuleux du grand artiste, à partir d'éléments détournés: les remarques marginales, les roues, le cobra...

Les huit premiers envois (de septembre 1997 à septembre 1998) furent anonymes, avec pour intention de provoquer la surprise. En fait, Pierre Alechinsky a reçu les premiers avec suspicion: le pinceau fiché dans un flotteur peint semblait inamical...Il semble que le huitième envoi, toujours anonyme (11.08.98.) mais franchement désopilant, ait été apprécié. L'expéditeur se dévoile enfin le 3 octobre 1998, et trois semaines plus tard Pierre Alechinsky lui répond pour la première fois.Cet "exercice d'admiration" (Cioran) se poursuit en 2004 dans un nouveau projet de Dominique Penloup "Les portraits affranchis". Sur des grandes feuilles dessinées à l'encre, il met en présence, dans le même espace, des portraits d'Alechinsky avec des évocations des peintures et dessins de celui-ci.

L'exposition qui se tient à l'Orangerie des Musées de Sens présente l'ensemble des envois postaux et des portraits d'Alechinsky de Dominique Penloup, accompagnés d'œuvres de Pierre Alechinsky, dont l'œuvre majeure Central Park ainsi que plusieurs gravures.

Catalogue: Dominique Penloup: Pastiches et mélanges à partir de Pierre Alechinsky, coédition Art inprogress/Musées de Sens, 128 pages, 30€

Renseignements: CEREP-Musées de Sens- 5 rue Rigault 89100 Sens au 03 86 83 88 90 ou accueil des Musées au 03 86 64 46 22-contact@cerep-musees-sens.net

08 avril 2008

Cette obscure clarté... Voyage en oxymore - Exposition de Dominique Penloup du 15 mars au 29 juin 2008 au Musée départemental Pierre Corneille Petit-Couronne

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  De l'oxymore 

 

    Etude critique de Jean-Michel Maulpoix

 

La poésie prospère dans nos contradictions. Elle nous connaît mal ajointés et approximatifs. Elle nous sait divisés et souvent douloureux, perdus parmi les antagonismes, et désireux de réparer avec des mots le tissu troué de cette vie.

Si la poésie parle volontiers par comparaisons et par images, c’est que pour définir elle apparie, pour identifier elle rapproche. Comment dire autrement que par des alliances de mots inédites ce qui n’est d’aucun dictionnaire ? La prison heureuse de l’amour, ou la clarté sans lumière qui tombe des étoiles ? On le sait, le sens n’est pas donné préalablement au poème : l’expérience singulière qu’il en fait est sa raison d’être, son aventure chaque fois nouvelle. En sa direction, il se hasarde, osant des couplages, des alliages, et risquant des propositions… Leur degré d’étrangeté et d’incongruité varie selon les âges de notre culture et selon la dureté des oppositions que la langue même doit prendre en compte.

 

Ainsi existe-t-il au moins deux sortes d’oxymores, à la pointe plus ou moins acérée. L’une est ancienne, l’autre moderne.

Aux temps que l’on dit « classiques », dans une société polie et volontiers précieuse, la première espèce apparie des termes contrastés en visant avant tout la nuance : « doux-amer », « aigre-doux », « clair obscur », c’est un amalgame singulier de qualités qui est recherché, une forme de délicatesse dans la désignation, une manière d’accommoder les contraires et de raffiner aussi bien la perception que son expression.

Il en va autrement aux temps modernes, quand le commerce entre les êtres et le discours des humains sur le monde ne sont plus policés et réglés par la vieille rhétorique, mais font se heurter les désirs aux aspérités du réel et aux turbulences de l’histoire. C’est alors que l’oxymore se fait plus violemment poétique : il en arrive à produire la métaphore d’objets nouveaux par fusion des contraires. C’est ainsi qu’à « l’obscure clarté » qui tombait des étoiles sur la scène du Cid de Corneille succèdent le « soleil noir » de la mélancolie que porte le luth constellé de Gérard de Nerval, ou les « azurs verts » parmi lesquels va se noyer « le Bateau ivre » d’Arthur Rimbaud…

Il ne s’agit plus alors de nuancer subtilement des qualités, mais d’imposer violemment une espèce de nouveau tiers, un enfant chimérique et quelque peu monstrueux, né des noces de l’angoisse et de l’imagination. Le noir soleil nervalien en qui toute clarté vient mourir est d’une ténèbre plus épaisse que toute obscurité réelle. L’antilogie absurde n’est pas loin quand sous la plume d’Arthur Rimbaud se multiplient les « fanfares atroces » et les « beautés hideuses », tel des ulcères affreux suintant sur le corps de la langue…

 

Imagine-t-on un poète qui ne s’exprimerait plus que par alliances de mots ? « Je ne sais plus parler », confessait l’ardennais, peu avant de se taire… Une absurde folie, tel serait le comble de la logique oxymorique, et peut-être de la poésie portée à son paroxysme de délire et de fureur…

Mais là n’est pas son horizon, puisqu’au « soleil noir » de Nerval et aux « azurs verts » de Rimbaud succède le « soleil de nuit » de Prévert, cueilli à même le quotidien prosaïque : le merveilleux périodiquement menacé d’aphasie ne cesse en vérité de se perpétuer d’âge en âge. Comme la poésie même dont il figure en définitive la capacité à produire de nouvelles entités, par entrelacement, hybridation, combinaison, fusion ou addition, l’oxymore n’est réductible ni au « dérèglement de tous les sens » ni à de sages fleurs de rhétorique. Il manifeste plutôt combien la poésie, et avec elle l’art même, refuse de se cantonner à ce qui est déjà connu, répertorié et raisonnablement balisé, pour s’aventurer toujours plus avant dans un monde plus ouvert et riche de subtilités ou de surprises.

Ainsi existe-t-il de « belles inhumaines » et de « funestes bonheurs », de « noirs succès » et « d’adorables prisons », des « paysans de Paris » et des « putains respectueuses », des « bêtes humaines » et de « bons petits diables »… Ce ne sont pas là des chimères ni des inventions absurdes, mais plutôt des vérités cachées, des savoirs pris à contrepied. Le poème retourne les apparences afin d’en montrer la doublure, quand il ne les détruit pas pour les réinventer afin de nous les offrir, autrement sensibles et neuves. Il regarde plus loin que les antagonismes et les incompatibles, du côté des plis, des bosses et des liens. Tantôt il chante, tantôt il claudique, tantôt il résout les conflits et tantôt il les exaspère, car sa parole est active, pressée et désireuse. Elle cherche le monde et s’inquiète : il lui faut dire ce qui échappe, tenter de prêter forme à l’informe. Un oxymore est un éclat de langue, d’une encre plus épaisse et noire : dans l’inconnu, il fait mine d’ouvrir une issue. Mais s’il entre quelque part, c’est en traversant comme une ombre l’épaisseur d’une porte close.

 

                                                    Jean-Michel Maulpoix

 

 

 

 

 

 

14 décembre 2007

Des oxymores dans le titre de livres

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En préparant mon exposition Voyage en oxymores, pour le Musée Pierre Corneille, de mars 2008 à juin 2008, je me suis aperçu qu'un certain nombre de titres de livres étaient des oxymores. Heureux de cette trouvaille, il me restait à réflèchir à la manière de travailler cet emploi de l'oxymore pour l'intégrer à mon exposition.
L'idée de réaliser, une sorte de salon de lecture au jardin , sous forme d'une installation à l'extérieur du Musée, s'est très vite imposée. J'ai retenu douze titres que j'ai gravés sur des "livres" en bois. Il s'agit plus exactement d'évocations de livres, d'idées de livres de 35 cm x 24 cm qui prendront place à l'extérieur, sur des chaises de jardin. Cette sorte de salon de lecture fantôme, espère apparaître comme une invitation  à la lecture, à la manière de ce jeu qui consiste à laisser sur un banc ou une chaise, à l'intention d'un éventuel lecteur inconnu, un livre qu'on a particulièrement aimé.

Téléchargement salon_de_lecture_au_jardin.doc

07 novembre 2007

Portraits de Baptiste-Marrey

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Dimensions de chacun des dessins: 50x65cm

Depuis plusieurs mois, je travaille un ensemble de portraits d'écrivains-poétes, où vient se mêler aux traits de l'écrivain la graphie de celui-ci, dans un jeu d'esquisses et de superpositions.
Ce travail fera l'objet d'une exposition -mai/septembre 2008- au musée de Sens. On y retrouvera les portraits de Pierre Autin-Grenier, Baptiste-Marrey, Henri Droguet, Reiner Kunze, Jean-Michel Maulpoix...

                  Pour en savoir plus sur Baptiste-Marrey
http://www.letempsquilfait.com/Pages/Auteurs/Baptiste-Marrey/marrey.html

http://www.ramifications.be/Livres/baptiste_marrey.htm

18 octobre 2007

Carnet d'Estrie...

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Si l'on s'en tient à la couverture, à première vue, cela ressemble à un carnet de voyage. En effet sur celle-ci on peut lire: Carnet d'Estrie - octobre 2007 - Estampages - King Ouest / Sherbrooke - Canada.
A l'intérieur de ce carnet, une même forme, estampée sur une vingtaine de feuillets, présente çà et là de légères variations. Outre l'étonnement légitime que l'on pourrait avoir en ouvrant le carnet, on pourrait également s'interroger sur le lien entre ce travail et l'intitulé de la couverture.
J'avais, pour ce séjour au Canada, décidé de ne pas tenir un carnet de voyage de manière traditionelle, mais de détourner celui-ci de sa fonction originelle qui est  de relater, représenter et illustrer les divers temps forts d'un voyage.
Mon carnet allait devenir un terrain d' expérience. Il s'agissait pour moi de trouver et d'interroger une forme,qui devait être facile à manipuler et à reproduire sans avoir à passer par le biais du dessin.
J'avais, pour ce faire, dans mon sac, un carnet de 14 x 21 cm, un flacon d'encre de chine, quelques brosses ainsi qu'un brunissoir.
C'est  l'angle d'une ancienne petite plaque servant à la numérotation des habitations et en piteux état, trouvée à même le sol, entre le boulevard King Ouest et la rue Dufferin à Sherbrooke,qui allait retenir mon attention et me servir de matériau pour produire la série qui constitue ce carnet de voyage d'un genre particulier: King Ouest / Sherbrooke. L'aventure maintenant va se prolonger dans le  confort de l'atelier et, j'espère donner lieu à une série intéressante...

30 septembre 2007

Déambulatoire poétique pour quatorze poètes

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Déambulatoire poétique pour quatorze poètes

Pierre Autin-Grenier, Andrée Chedid, Bernadette Engel-Roux, Jacques Lacarrière, Jean-Hugues Malineau, Baptiste-Marrey, Jean-Michel Maulpoix, Bernard Noël, Dominique Preschez, Philippe Priol, Jean-Claude Renard, Claude Roy, Dominique Sampiero, André Velter.

                             Exposition

                       Dominique Penloup

               du 3 octobre au 26 octobre 2007

                 Médiathèque André Malraux

                 17-19, rue Jacques Coeur

                  91600 Savigny sur Orge

Quatorze stèles pour quatorze écrivains contemporains qui mettent en scène un texte calligraphié par leur auteur où le signe et le mot se mêlent, jouant sur des "riens" : le grain, la griffure, le relief blanc de l'écriture, émergence d'une vie en filigrane, trace à demi-effacée dans laquelle la poésie se donne à voir.

Quatorze "Contre-Tombeaux", comme autant d'hymnes à la vie.

                            Des stèles...

                 Comme des mains levées

                  Comme des bras ouverts


                           Des stèles...

              Striées, griffées, crayonnées

                          De poèmes

               Avec quelques joyeux fards

                  De peinture fraîche


                        Des stèles...

               Aux quatre coins de la ville

                   Joyeuses, colorées


                   Et voilà la poésie

                       Qui s'offre

               Aux regards des passants

            Qui l'avaient perdue de vue

            Depuis qu'ils la croyaient être

               Seulement récitation.