On n'avait pas encore marché sur la lune que j'avais déjà la réputation d'y être. Enclin à la rêverie, j'éprouvais plus d'ennui que de plaisir sur les bancs de l'école. C'est avec le certif en poche -sésame de l'époque-, que j'allais découvrir les joies de l'imprimerie -la vraie ! - celle de l'encre, du marbre, du composteur et de sa typo au plomb. C'était encore trop tôt pour que j'aie, à l'époque, conscience du cadeau qui m'était fait. En 1973, frais amoureux de la belle Marie, j'allais tout faire pour apprendre à conjuguer en sa compagnie l'anagramme de son prénom. La même année, je présentais le concours d'entrée aux Beaux Arts de Paris. C'était à Malraux, ministre de la culture que l'on devait cette largesse : l'ouverture de l'école aux non-bacheliers -lui même ne l'était pas-. Je n'ambitionnais pas pour autant de devenir ministre. J'avais d'autres chats à fouetter. Je voulais seulement peindre, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.
Peintre, j'allais le devenir, tout comme j'allais me mettre à la gravure -sans m'en apercevoir-. J'ai découvert pêle-mêle l'histoire de l'art (passionnante), son marché (un brin déroutant), le monde des galeries, c'est là que j'ai reçu mon premier chèque en bois -expérience pleine de richesse-.
Aujourd'hui, je possède une forêt de pinceaux, j'ai comme tout un chacun des bleus à l'âme mais je n'échangerais pas mon vert de vessie pour des lanternes. Je sais également que ce n'est pas avec ma peinture que je serai le plus riche du cimetière. Passer ou non à la postérité me laisse de marbre.
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