27 juillet 2007

CETTE OBSCURE CLARTE... Voyage en Oxymore

Cette_obscur_clart Oxymore, en grec, signifie à la fois "fin" (oxus) et "fou" (moros).
L'oxymore est l'alliance de deux mots de sens contradictoire. Cette rencontre antinomique crée un effet de surprise. L'oxymore de référence, le plus souvent cité, est ce vers de Corneille dans le Cid :
"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles".

L'oxymore est une figure qui ouvre une logique où les contraires cessent d'être perçus contradictoirement, il est du côté d'une pensée "ouverte" qui accueille pleinement l'ambivalence. Parfois du côté de la pensée ("regret souriant"), l'oxymore est souvent l'expression d'une perception visuelle et l'obscure clarté de Corneille évoque, évidemment, le clair-obscur en peinture. C'est donc une figure de style éminemment stimulante pour un peintre.
A partir de menus détritus collectés au hasard de promenades en bord de Seine, que j'assemble, rehausse d'or ou de couleurs, je confectionne d'improbables objets, pauvres et précieux en même temps. J'ai choisi de faire surgir l'alliance antithétique du brut, de l'informe, du délaissé avec le sophistiqué, le ciselé.
Sans venir les illustrer, ces objets poétiques viennent en contrepoint d'oxymores prélevés dans l'oeuvre de différents écrivains, de Pierre Corneille à Marguerite Duras.
C'est donc entre littérature et peinture que se déroule ce voyage en oxymore, cette "fine folie" à laquelle je vous invite à participer. N'hésitez pas à m'envoyer vos oxymores notés au fil de vos lectures.      Offert il y a peu et trouvé dans les délibérations  de l'assemblée nationale , par une personne attentive, ce bel oxymore: T V A sociale.
L'ensemble de ce travail fera l'objet d'une exposition , au Musée Pierre Corneille, de mars à juin 2008.

09 avril 2007

Duchamp d'avril

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Voilà ce qui s'appelle prendre du champ ou C.Q.F.D. :

"Je crois que la peinture meurt, comprenez-vous...Je pense qu'un tableau au bout de quelques années meurt comme l'homme qui l'a fait; ensuite ça s'appelle l'histoire de l'art...
...Lhistoire de l'art est une chose très différente de l'esthétique. Pour moi l'histoire de l'art c'est ce qui reste d'une époque dans un musée, mais ce n'est pas forcément ce qu'il y avait de mieux dans cette époque, et au fond, c'est même, probablement, l'expression de la médiocrité de l'époque car les belles choses ont disparu, le public ne voulant pas les garder. Mais cela c'est de la philosophie..."

     Pierre Cabanne ENTRETIENS AVEC MARCEL DUCHAMP
                                          Editions Pierre Belfond 1967

12 février 2006

La terre est bleue comme une orange

La_terre_est_bleue_comme_une_orangeC'est Léonard de Vinci qui, le premier, dans son traité de la peinture, associe le bleu à la perception que l'on a de ce qui est éloigné de notre oeil. Cette perspective atmosphèrique rend plus flou et plus bleu ce qui se trouve dans le lointain, en raison de la grande quantité d'atmosphère qui nous en sépare.
Nombreux furent les peintres qui, de Léonard de Vinci à Yves Klein, tirérent du bleu de grandes émotions.
Rainer Maria Rilke, dans une lettre -  du 8 octobre 1907 -  adressée à sa femme , le sculpteur Clara Westhoff,  s'enthousiasme à propos du bleu :  "En regardant ce bleu, j'ai compris que c'était le bleu même du XVIIIème [...] ( On pourrait imaginer que quelqu'un écrivît une histoire du bleu  ; depuis le bleu dense, cireux, des peintures pompéiennes, jusqu'à Chardin, jusqu'à Cézanne : quelle biographie!) Là est en effet l'origine du bleu très particulier de Cézanne ; il descend du bleu du XVIIIe, dépouillé par Chardin de sa prétention, et qui, chez lui, cesse enfin d'avoir la moindre signification accessoire."

La terre est bleue comme une orange
Premièrement,VII, dans Capitale de la douleur Paul Eluard

Lettres sur Cézanne - Rainer Maria Rilke
traduites de l'allemand et présentées par Philippe Jaccottet - Ed; Seuil - 1991 -

02 février 2006

ce bleu n'appartient à personne.

Une_histoire_de_bleu_005Une_histoire_de_bleu_002                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

  Ce bleu n'appartient à personne

Il n'est ni le bien des hommes ni le royaume des dieux. Il circule et se répand, distribuant partout la matière mobile de son propre rêve. Le fini et l'inachevé échangent en lui leurs vertus. S'il n'est point d'âme ni de principe, au moins existe-t-il ce bleu, toujours près de s'entrouvrir dans la grisaille des jours, offert à quiconque et pour rien, telle la paume d'une main vide, et telle une promesse dont chacun doit savoir qu'elle ne sera point tenue. C'est bien ainsi : cette lumière sur notre misère, cee beauté proche de notre mort. de quoi écrire encore des livres, peindre des toiles, aimer, et composer de la musique. Pour essayer de retenir contre soi le jour. Et pour toujours plus de misère, mêlée avec plus de beauté. Aussi longtemps que nous le pourrons, nous accompagnerons du bout des doigts le temps qui passe. 

                                                                                                                                                                           Jean-Michel Maulpoix
Extrait d'une histoire de bleu - éd. Poésie / Gallimard

Une des douze sculptures réalisées à partir de brouillons manuscrits/tapuscrits  de Jean-Michel Maulpoix pour une histoire de bleu -1992 -


Ricochets
Ce soir en ligne trois photos somptueuses sur le bog de fugitive

 

28 janvier 2006

Chemin de croix

Chemin_de_croix_1C'est à partir du XVIII siecle que le Franciscain, Saint Léonard de Port- Maurice, fixe la structure des quatorze stations pur le chemin de croix.
En travaillant autour du thème de la passion, j'ai voulu rompre avec l'imagerie Saint-Sulpicienne qui lui est attachée pour l'essentiel et créer une unité et une simplicité de forme, faisant du carré le motif central dans lequel s'inscrivent, improbables palimpsestes, les textes cités en référence.
Ces derniers, destinés à suggérer plus qu'à nommer, sont rendus illisibles à dessein.
Je me suis attaché, dans chacune de ces peintures, non pas à illustrer mais à exprimer le drame qui se joue, dans un parti-pris non figuratif où écriture, formes et couleurs se répartissent les rôles.
La palette, dans les stations 3, 7 et 9 au cours desquelles le Christ tombe, est faite d'ocre et de terre. Le bleu, lié à la représentation des femmes, est utilisé pour les stations 4, 6 et 8. Les couleurs s'assombrissent dans les stations 10, 11 et 12 qui sont l'expression de la détresse et de la violence, puis elles passent par le froid du gris et le chemin de croix s'achève sur la lumière de la résurrection.
En effet, en aujoutant une quinzième station, j'ai, à l'instar de P. Grostefan, J. Debruynne, L. Boff etc., préféré ne  pas clore la passion du Christ sur le tombeau vide et choisi de mettre en lumière, par la résurrection, les quatorze stations qui précèdent.

Ce chemin de croix réalisé dans les années 90, trouve aujourd'hui sa place en la cathédrale d'Evreux.
Pour visualiser les quinze peintures,cliquez dans Albums photos sur la vignette chemin de croix.

18 janvier 2006

Le bleu ne fait pas de bruit.

Pont_sur_madon_1_1Le bleu ne fait pas de bruit.

C'est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l'attire à soi, l'apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu'en elle il s'enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.

Extrait d'une histoire de bleu,
                             suivi de l'instinct de ciel

                            de Jean-Michel Maulpoix
                             éd.Poésie/Gallimard

22 décembre 2005

Un Picasso peut en cacher un autre, ou jugement de Picasso sur son art et sur lui même ?

Divers_033   " Lorsque j'étais jeune, comme tous les jeunes, j'ai eu la religion de l'art, du grand art ; mais avec les années, je me suis aperçu que l'art, comme on le concevait jusqu'à la fin de 1800, est désormais fini, moribond, condanné, et que la prétendue activité artistique avec toute son abondance n'est que la manifestation mutiforme de son agonie. Les hommes se détachent, se désintéressent de plus en plus de la peinture, de la sculpture, de la poésie ; malgré les apparences contraires, les hommes d'aujourd'hui ont mis leur coeur dans tout autre chose : la machine, les découvertes scientifiques, la richesse, la domination des forces naturelles et des terres du monde. Nous ne sentons plus l'art comme le besoin vital, comme nécessité spirituelle, comme c'était le cas dans les siècles passés.
  Beaucoup d'entre nous continuent à être des artistes et à s'occuper d'art pour une raison qui à peu de chose à voir avec l'art véritable, mais plutôt par esprit d'imitation, par nostalgie de la tradition, par force d'inertie, par amour de l'ostentation, du luxe, de la curiosité intellectuelle, par mode ou par calcul.
   Ils vivent encore par habitude et snobisme dans un récent passé, mais la grande majorité dans tous les milieux n'a plus une sincère passion pour l'art qu'ils considèrent tout au plus comme un divertissement, loisir et ornement.
   Peu à peu des nouvelles générations amoureuses de mécanique et de sport, plus sincères, plus cyniques et brutales, laisseront l'art dans les musées et les bibliothèques comme incompréhensible et inutile relique du passé.
   Un artiste qui voit clair dans une fin prochaine comme c'est le cas pour moi, que peut-il faire ? Ce serait trop dur parti que de changer de métier, et dangereux au point de vue pécuniaire. Il reste alors que deux routes : chercher à se divertir et gagner de l'argent.
   Du moment que l'art n'est plus l'aliment qui nourrit les meilleurs, l'artiste peut extérioriser son talent dans tous les caprices et la fantaisie, dans tous les expédients du charlatanisme intellectuel. Dans les arts, le peuple ne cherche plus consolation ni exaltation. Mais les raffinés, les riches, les oisifs les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l'extraordinaire, l'original, l'extravagant, le scandaleux. Et moi, depuis le cubisme et au-delà, j'ai contenté  ces messieurs et ces critiques avec toutes les multiples bizarreries qui me sont  venues à la tête, et, moins ils les comprenaient et plus ils les admiraient. A force de m'amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casse-tête, rébus et arabesques, je suis devenu célèbre, et très rapidement. Et la célèbrité signifie pour un peintre : ventes, gains, fortune, richesse.
   aujourd'hui, comme vous le savez, je suis célèbre et je suis riche, mais quand je suis seul avec moi-même, je n'ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens antique du mot.
   Ce furent de grands peintres qu Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya. Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et apaisé le mieux qu'il a pu l'imbécilité, la vanité et la cupidité de ses contemporains.
   C'est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu'elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d'être sincère."

18 décembre 2005

Pierre Corneille 1606 / 2006: Les 400 coups

Maquette_pc_okPierre Corneille naquit à Rouen en 1606,  referma son ombrelle à Paris en 1684. Entre temps il fut avocat au Parlement de Rouen. A la jurisprudence il préféra le théâtre et la poésie.C'est avec le Cid quil connut à 30 ans la gloire.  A l'époque, Boileau écrivit : "Tout Paris pour Chimène  a les yeux de Rodrigue". 400 ans plus tard le succès ne s'est pas démenti et l'intérêt autour de Corneille n'a pas faibli.
C'est dans le cadre des commémorations des 400 ans de la naissance de l'auteur que je réalise, pour le Musée Pierre Corneille -à Petit Couronne, près de Rouen- ,cette installation qui tend à souligner par une pratique plastique d'aujourd'hui, la permanence et la présence de son oeuvre.

           Les 400 coups : technique mixte sur bois
H : 2,20m, L :1,00m, Prof. :0,50m, Diamètre du cercle :0,80m.

                            ***

Appel à contribution : mail art / art postal
                sur le thème
  Pierre Corneille ou l'oeuvre revisitée.
Date limite des envois : 30 mars 2006

        Adressez vos envois à :
D penloup /Corneille les 400 coups
   19, rue de Lille 76000 ROUEN

11 décembre 2005

Art postal / Mail art: Les loisirs de la poste de Stéphane Mallarmé

MallarmLors de la réalisation des illustrations pour les loisirs de la poste de Mallarmé, qui sont cent trente et un "quatrains d'adresses" que le poète s'amusa, de 1881 à 1898, à libeller sur des enveloppes destinées à ses proches - dont pas une ne manqua son destinataire - je me suis amusé à confier à la poste un envoi des plus ordinaire, en apparence, l'adresse était ainsi rédigée: Monsieur Stéphane Mallarmé, 89 rue de Rome 75008 Paris . Cette missive, bien sûr, me fut retournée quelques temps après, avec la mention N P A I (n'habite pas l'adresse indiquée)

Lettre_hommage_mallarm_quatrain_dadresseEt pour suivre les conseils de Mallarmé, qui dans une préface en vue de la publication de ses quatrains d'adresses écrivait: "cette petite publication aidera à l'initiative de personnes qui pour leur compte voudraient s'adonner au même jeu".A mon tour, quelques cent ans plus tard,je m'essayai à ce jeu d'adresse." Dire où se trouve un autre, le nommer, le localiser, le portraiturer en quelques mots, c'est reconduire vers lui le geste pur de l' offrande ou du toast",  souligne Jean-Michel Maulpoix. Dans cet envoi destiné à Pierre Alechinsky, il me fallut tenir compte du code postal -étranger à Mallarmé-. 

Voici pour le plaisir, deux bouquets d'octosyllables  tirés des loisirs de la poste.

                      Un habit à queue de morue
                      Me causant un vif embarras,
                      Lettre, va, pour moi, douze rue
                      Durantin, chez Monsieur Marras.

                                         *

                      Villa des Arts, près l'Avenue
                      De Clichy, peint Monsieur Renoir
                      Qui devant une épaule nue
                      Broie autre chose que du noir.

21 novembre 2005

Ici Gide

Portraits_affranchis_ensemble_des_tudesTout a été dit, mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer.

                                 André Gide
Ensemble des études pour les portraits affranchis de Pierre Alechinsky -2004-