
Voilà ce qui s'appelle prendre du champ ou C.Q.F.D. :
"Je crois que la peinture meurt, comprenez-vous...Je pense qu'un tableau au bout de quelques années meurt comme l'homme qui l'a fait; ensuite ça s'appelle l'histoire de l'art...
...Lhistoire de l'art est une chose très différente de l'esthétique. Pour moi l'histoire de l'art c'est ce qui reste d'une époque dans un musée, mais ce n'est pas forcément ce qu'il y avait de mieux dans cette époque, et au fond, c'est même, probablement, l'expression de la médiocrité de l'époque car les belles choses ont disparu, le public ne voulant pas les garder. Mais cela c'est de la philosophie..."
Pierre Cabanne ENTRETIENS AVEC MARCEL DUCHAMP
Editions Pierre Belfond 1967
A presque cent ans de distance, l'oeuvre de Duchamp continue de déranger. C'est à coups de marteau que l'artiste Pierre Pinoncelli -77 ans- a entrepris de relooker, mercredi 4 janvier, l'urinoir/fontaine, oeuvre emblèmatique de Marcel Duchamp présentée actuellement dans le cadre de l'exposition Dada au centre Pompidou.
Mais pourquoi diable un tel acharnement sur ce qui n'est qu'un fac-similé de la pièce originale de 1917, elle même égarée depuis ? Duchamp membre fondateur de la Société des Indépendants présenta , sous le pseudonyme de R. Mutt, à la première exposition à New York, un urinoir en poterie émaillée intitulé "Fountain". Celle ci ne fut pas refusée -on ne pouvait pas refuser une oeuvre aux Indépendants- mais tout simplement supprimée, placée derrière une cloison, pendant toute la durée de l'exposition. Il n'y a jamais eu de critique puisque l'urinoir n'a pas paru au catalogue, ce qui n'empêchera pas cette "Fountain", véritable arlésienne, de se hisser au premier plan de l'histoire de l'art moderne.
Quant à Pinoncelli, multi-récidiviste des actions artistiques et punitives depuis les années 60 (il en a bien une centaine à son actif), il n'en est pas à son coup d'essai avec l'urinoir de Duchamp. Il fut condanné en 1998 à une amende de 45 122 euros pour avoir déjà porté en 1993 des coups de marteau et soulagé sa vessie, comme dans une banale pissotière, dans le fac-similé de l'urinoir exposé au Carré d'art de Nîmes.
Dans un entretien avec le critique d'art Pierre Cabanne, publié en 1967, Marcel Duchamp raconte, qu'en 1917 Arensberg, collectionneur de l'époque avait acheté l'original et que celui ci l'avait perdu !." On en a fait depuis une réplique grandeur nature qui est chez Schwarz".
Pour la petite histoire, précisons que ce n'est pas une réplique grandeur nature qui fut réalisée, mais huit exemplaires qui firent l'objet d'une "édition" réalisée par Duchamp et le marchand d'art italien Schwarz en 1964.
Le dernier exemplaire disponible, a été vendu en 1999, pour la modique somme de 1,6 million d'euros !
Qui des deux est le plus marteau, Pinoncelli ou le collectionneur?
Pourquoi diable, sauf le respect que je lui dois, Léonad de Vinci a-t-il affublé Mona Lisa d'un sourire à musée? Ce sourire peut expliquer à lui seul que Francis Picabia la flanque le premier de moustaches et que son ami Marcel Duchamp en remette une couche en ajoutant sous le portrait: LHOOQ. Sans ce sourire, l'histoire de l'art comptant pour rien -aux yeux de Monsieur tout le monde- serait bien différente.
J'aime l'esprit de Duchamp. Ce qui m'agace, ce n'est pas son travail, bien au contraire, mais c'est cette figure emblématique de l'art moderne qu'on en a fait et que certains vénèrent comme une icône.
Attardons nous un instant sur l'urinoir devenu fontaine. Duchamp venait de se voir refusé à Paris l'accrochage au Salon des Indépendants de son Nu descendant l'escalier, sous prétexte qu'un nu ne descend pas un escalier. Léquivalent américain du Salon des Indépendants saute là sur l'occasion pour inviter Duchamp en lui proposant de devenir président du comité d'accrochage de leur salon dont la devise est: "Ni jury, ni récompense". Et c'est là que ça devient intéressant. Duchamp accepte mais, en secret, présente une candidature sous le pseudonyme de Richard Mutt qui propose un urinoir. Malgré la devise du salon, l'oeuvre fait scandale et est reléguée dans un coin de l'exposition, à peine visible. Il me semble que Duchamp cherchait simplement là à pousser dans leurs retranchements ceux qui l'avaient invité en posant la question de la définition d'une oeuvre d'art et celle de la censure. Faire aujourd'hui de cet urinoir une oeuvre d'art, se déplacer pour aller ler voir dans un musée (on n'y trouvera pas l'original ), c'est méconnaître, le sens de la démarche de Duchamp.
Autre objet mythique dans le travail de Duchamp, la fameuse Boîte en valise. Si on acceptait deux secondes, là encore, de s'arrêter non sur l'objet mais sur le titre, on s'apercevrait que l'anagramme de "la boîte en valise" est: "la bêtise en voilà"...
Si les thuriféraires tout comme les détracteurs de Duchamp voulaient bien le lire au premier degré, il me semble que l'histoire de l'art serait aujourd'hui plus légère.
On connaît le goût de Marcel Duchamp pour les jeux de mots, les assonances, calembours, contrepèteries.
A l'intérieur d'une des six versions de la boîte en valise, on trouve une feuille de papier à musique avec divers jeux de mots du genre: A charge de revanche à verge de rechange. etc...
de là à supposer que la boîte en valise, nous cachait: la bite en voilà, il s'en fallait de peu. Mais à y regarder de plus près l'anagramme qui se cachait était plus subtil: