22 juin 2008

Dominique Penloup "Pastiches et mélanges à partir de Pierre Alechinsky" 15 juin au 28 septembre 2008 Orangerie des Musées de Sens

Livre_002 " dessiner sur une enveloppe ou la transformer, quitte à la rendre méconnaissable, jouer avec la disposition des timbres ou en ajouter de son cru, interpeller le facteur, lui demander entre les lignes de se dépêcher, ces jeux-là sont aussi anciens que le courrier même".
Les Musées de Sens présentent à l'Orangerie une exposition d'Art postal du plasticien Dominique Penloup, une centaine d'envois hors norme expédiés entre 1997 et 2005 au peintre et graveur Pierre Alechinsky.
Dominique Penloup a connu dès les années 1975 le travail de Pierre Alechinsky, mais c'est dans les années 1990 qu'il redécouvre avec bonheur l'expression graphique de l'artiste. Il va chercher à nouer le dialogue à travers une correspondance: "Faisant fi des augures qui ont claironné ou claironnent encore la mort de la peinture, Alechinsky traverse avec sérénité la scène artistique un bol d'encre de chine à la main -souvenir d'un conseil du peintre Walasse Ting- et, quoi qu'il arrive, se penche -souvenir d'un voyage au Japon- sur un papier posé à même le sol. C'est avec la même fougue qu'il travaille la gravure, multiplie les expériences, interroge les supports, fait preuve d'une inlassable curiosité et trouve le temps d'écrire. Difficile de ne pas être fasciné par une telle vitalité, pour moi qui suis peintre".

Dominique Penloup élabore une correspondance originale: des plis d'art postal à partir de collages et de montages d'œuvres de Pierre Alechinsky reproduites dans des catalogues, revues, journaux ou sur des affiches. Mais l'envoi peut être aussi un objet: flotteur peint, branchage, vieux papiers, cadran émaillé d'horloge...Laissant s'exprimer son imaginaire, il évoque l'univers fabuleux du grand artiste, à partir d'éléments détournés: les remarques marginales, les roues, le cobra...

Les huit premiers envois (de septembre 1997 à septembre 1998) furent anonymes, avec pour intention de provoquer la surprise. En fait, Pierre Alechinsky a reçu les premiers avec suspicion: le pinceau fiché dans un flotteur peint semblait inamical...Il semble que le huitième envoi, toujours anonyme (11.08.98.) mais franchement désopilant, ait été apprécié. L'expéditeur se dévoile enfin le 3 octobre 1998, et trois semaines plus tard Pierre Alechinsky lui répond pour la première fois.Cet "exercice d'admiration" (Cioran) se poursuit en 2004 dans un nouveau projet de Dominique Penloup "Les portraits affranchis". Sur des grandes feuilles dessinées à l'encre, il met en présence, dans le même espace, des portraits d'Alechinsky avec des évocations des peintures et dessins de celui-ci.

L'exposition qui se tient à l'Orangerie des Musées de Sens présente l'ensemble des envois postaux et des portraits d'Alechinsky de Dominique Penloup, accompagnés d'œuvres de Pierre Alechinsky, dont l'œuvre majeure Central Park ainsi que plusieurs gravures.

Catalogue: Dominique Penloup: Pastiches et mélanges à partir de Pierre Alechinsky, coédition Art inprogress/Musées de Sens, 128 pages, 30€

Renseignements: CEREP-Musées de Sens- 5 rue Rigault 89100 Sens au 03 86 83 88 90 ou accueil des Musées au 03 86 64 46 22-contact@cerep-musees-sens.net

11 décembre 2005

Art postal / Mail art: Les loisirs de la poste de Stéphane Mallarmé

MallarmLors de la réalisation des illustrations pour les loisirs de la poste de Mallarmé, qui sont cent trente et un "quatrains d'adresses" que le poète s'amusa, de 1881 à 1898, à libeller sur des enveloppes destinées à ses proches - dont pas une ne manqua son destinataire - je me suis amusé à confier à la poste un envoi des plus ordinaire, en apparence, l'adresse était ainsi rédigée: Monsieur Stéphane Mallarmé, 89 rue de Rome 75008 Paris . Cette missive, bien sûr, me fut retournée quelques temps après, avec la mention N P A I (n'habite pas l'adresse indiquée)

Lettre_hommage_mallarm_quatrain_dadresseEt pour suivre les conseils de Mallarmé, qui dans une préface en vue de la publication de ses quatrains d'adresses écrivait: "cette petite publication aidera à l'initiative de personnes qui pour leur compte voudraient s'adonner au même jeu".A mon tour, quelques cent ans plus tard,je m'essayai à ce jeu d'adresse." Dire où se trouve un autre, le nommer, le localiser, le portraiturer en quelques mots, c'est reconduire vers lui le geste pur de l' offrande ou du toast",  souligne Jean-Michel Maulpoix. Dans cet envoi destiné à Pierre Alechinsky, il me fallut tenir compte du code postal -étranger à Mallarmé-. 

Voici pour le plaisir, deux bouquets d'octosyllables  tirés des loisirs de la poste.

                      Un habit à queue de morue
                      Me causant un vif embarras,
                      Lettre, va, pour moi, douze rue
                      Durantin, chez Monsieur Marras.

                                         *

                      Villa des Arts, près l'Avenue
                      De Clichy, peint Monsieur Renoir
                      Qui devant une épaule nue
                      Broie autre chose que du noir.

21 novembre 2005

Ici Gide

Portraits_affranchis_ensemble_des_tudesTout a été dit, mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer.

                                 André Gide
Ensemble des études pour les portraits affranchis de Pierre Alechinsky -2004-

01 novembre 2005

Vieux papiers et autres supports chez ALECHINSKY et Cie

Portrais_affranchis_tudes_006Dans les ateliers que j'anime, je suis frappé par la fascination qu'exercent sur les gens le travail d'Alechinsky et son goût à utiliser comme supports "les vieux papiers" ( factures, actes notariés, correspondance privée, emprunts, obligations, comptabilité... ). En  leur donnant vie une seconde fois, il les sauve non seulement d'un naufrage définitif mais fait aussi surgir leurs beautés secrètes... il touche là à quelque chose de sensible chez beaucoup de personnes.

Le goût pour les matériaux de seconde main, chargés d'une première histoire est d'ailleurs caractéristique de notre époque. Bien sûr il y a l'incontournable Picasso et sa tête de taureau (selle plus guidon), sa chèvre... Miro et sa fameuse danseuse espagnole faite d'un bouchon de liège, d'une plume et d'une épingle à chapeau, Bissière et ses étoffes juxtaposées, mais également Schwitters, Alberto Burri, Dubuffet, Bettancourt, Antoni Tapiès, Degottex, André François, Georges Noël, Jean-Charles Blais, Boltanski, Réquichot,... Bref il serait plus simple de dresser la liste de ceux qui n'ont pas eu recours à ce "bricolage artistique" qui semble être une des clés de la création contemporaine pour la fin du XXe sièccle.

Pierre Alechinsky sur ce blog c'est aussi Les portraits affranchis (cliquer sur:regard sur Pierre Alechinsky) et leurs albums photos: études et portraits affranchis.

03 février 2005

portraits affranchis de Pierre Alechinsky

Les Portraits affranchis ont été réalisés d’avril à septembre 2004. Le travail fait suite à la rencontre avec Alechinsky, dans son atelier, fin octobre 2003. Il s’agissait alors de faire le tri dans les envois postaux expédiés à celui-ci, et d’en préparer une sélection pour l’exposition prévue au Musée de la Poste, à Paris, en mai 2005.                                                                                        
A revoir, ce jour-là, l’ensemble de mes envois timbrés, je prenais conscience qu’au-delà du simple exercice d’admiration, j’avais tendu un miroir qui tentait, dans une sorte de jeu d’adresse, de fixer dans le même espace l’œuvre et le portrait physique d’ Alechinsky. Joyeux méli-mélo-mél art, où je braconnais de plis en replis sur les terres de mon destinataire. Certains de ces envois touchaient les limites propres à cet exercice et demandaient à être précisés, développés. Il me fallait affirmer le propos critique, reprendre le trait. 
A défaut d’autoportraits -le terme n’apparaît guère de façon explicite si l’on excepte  Autoportait au trait de 1965-, des photos du peintre allaient me servir de points d’appui. Elles seraient traitées avec une forme de neutralité, loin du gauchissement propre à Alechinsky. Plus à la manière des  Maryline  d’Andy Warhol.

Très vite je m’aperçus de la difficulté de l’entreprise et de ses nombreux écueils : plagiat, parodie, pastiche, me tendaient leurs pièges. Ce n’est pas en allant regarder du côté de Picasso qui s’amusa, entre autres, à revisiter  Le déjeuner sur l’herbe dans une série de 27 peintures, que j’allais trouver du réconfort, à en juger par ce qu’il avait écrit avant de s’y mettre : « Quand je vois  Le déjeuner sur l’herbe  de Manet, je me dis : des douleurs pour plus tard. »
J’ai éprouvé, bien sûr, les douleurs, mais je retiendrai avant tout le bonheur des improvisations et variations propres aux musiciens de jazz quand ils s’emparent d’un thème : improvisations et variations sur  Central Park ,  Ensor et compagnie  ; jeu sur les lunettes, symbole du Cobra, qui traversent l’œuvre de façon récurrente, sur les projections d’encre (Pollock n’est jamais bien loin), sur les titres...
Mais je laisse à chacun le soin de découvrir ou d’ignorer les clins d’œil qui émaillent (en dépli du bon sens ?) ce travail,  hommage critique dont la particularité est de confier l’analyse d’une œuvre moins aux mots de la langue qu’à ceux du vocabulaire plastique. Faire entrer dans l’œuvre par le biais d’une lecture plastique, donner envie, par le jeu des citations et des démarcations, de la découvrir ou de la redécouvrir, telle est l’ambition de ces neuf portraits.